SES ATTENTES....en attendant

Publié le par COR UNUM

Merci à tout ce beau monde qui m’accueille si gentiment.

Pour ma part il y plusieurs façons d’apprécier un événement. On peut le voir du point de vue humain. Par exemple du point de vue humain, c’est sur que la surprise était grande pour tout le monde. Comme on dit en mooré nul ne peut être sel dans la bouche de tout le monde. Donc l’appréciation dépend de qui apprécie. Pour ma part humainement parlant, je n avais pas prévu cela sur ma route  ça ne pouvait pas être une affaire planifiée donc il y a une surprise mais il n’y a pas que ce point de vue humain. Nous devons regarder les choses avec un regard de foi, c’est un événement de foi. Il y a la main de Dieu. S’il a permis cette nomination c’est qu’il a une intention. Pour ma part, au jour même de l’annonce de la nouvelle j’étais à Koubri pour essayer de me retrouver dans un climat de prière pour accueillir cette nomination et rentrer dans les points de vue de Dieu. Bien sûr j’ai essayé de contempler les grands prototypes de vocation comme Marie, les apôtres, les prophètes etc. J’ai beaucoup repris la prière de Charles de Foucault que j’aime. Donc c’est vraiment et l’abandon total dans le Seigneur. Que sa volonté soit faite. Tout chrétien, tout prêtre, tout évêque doit chercher à faire la volonté de Dieu. Que ta volonté soit faite, fais de moi ce que tu voudras.  C’est le « fiat » de Marie c’est la disponibilité, que son nom soit béni

 

Excellence, on sait bien que cette nomination est une autre étape de la vie sacerdotale qui se présente à vous, c’est également le résultat d’un long parcours

D e votre promotion au petit séminaire de 1959 à 1967 combien sont devenus prêtres ?

 

Vous remontez loin dans l’histoire (sourire)… Nous étions en 7ème 32 ; Sur les 32 il y a une brebis perdue, un qui est devenu prêtre. Ce n’était pas le mieux indiqué. Je pense qu’il y en avait qui était mieux indiqué humainement parlant. Mais je dois avouer que nous sommes deux prêtres puisque  de la promotion il y a un condisciple dont le fils est devenu prêtre dans le diocèse de Bobo Dioulasso. Il s’appelle Abbé Alain Nikièma. Je peux estimer que Dieu faisant bien les choses que notre promotion a donné deux prêtres.

 

Qu’est ce qui a guidé votre choix et consolidé votre choix pour le sacerdoce ministériel ?

Voyez-vous, là c’est un mystère. Toute vocation reste un mystère. Même les mariés, pourquoi vivre avec un tel ou une telle, c’est très difficile à expliquer. Mais au finish en dernier ressort c’est Dieu. C’est Lui qui appelle qui Il veut, Il ne fait acception de personne. Donc c’est lui d’abord l’auteur de cette vocation. Il y a des événements, des circonstances qui favorisent. Et pour ma part un événement majeur reste la création du diocèse de Kaya. Vous savez Kaya c’était la partie nord de l’archidiocèse de Ouagadougou jusqu’en 1969 à la nomination de Mgr Constantin Guirma comme évêque, premier évêque de Kaya. J’étais en 3ème année de grand séminaire. C’est à partir de ce moment que j’ai senti un appel fort. Ce nouveau diocèse sans prêtre. Il n’y avait aucun prêtre africain, il n’y avait que les pères blancs. Donc j’ai senti comme un appel supplémentaire pour dire oui au Seigneur pour cette mission là. Humainement parlant en tous cas il y a des facteurs déterminants dans une existence et je pense que c’en est un.

 

Vous êtes titulaire d’un doctorat de droit canonique, qu’est ce que le droit canonique ? Et quel a été le thème de votre soutenance ?

 

Je ne vais pas vous donner un cours de droit canonique, je n’en suis pas un professeur (rires).

Je suis un praticien du droit canonique, puisque le droit canon est au service de la pastorale. Il y a un adage latin qui ubi societas ibi ius « à où il y une société il y a le droit, là où il y a des hommes il faut des normes. ».Effectivement une société ne peut pas vivre sans normes, un minimum de lois pour que les membres vivent dans la paix dans la justice, dans l’harmonie. Il en est de m^me pour la société civile comme pour la communauté ecclésiale. L’Eglise a besoin de droit. ‘Le droit des règles’ étymologiquement les normes qu’il faut pour organiser une société, pour  permettre aux membres de la société de vivre dans la paix. L’Eglise catholique a besoin de normes pour atteindre ces objectifs et donner à ces membres de vivre dans la sainteté et de réaliser leur salut. Voilà brièvement ce qu’on peut retenir. Mais le droit canon a bien sûr toute une histoire. Il prend sa source dans l’Ecriture sainte. Prenons le mariage par exemple. Le principe de l’indissolubilité vient de l’Ecriture c’est l’enseignement de Jésus. Ainsi au tout au long de l’histoire les papes les conciles, les décrétales des papes comme on dit, toute une longue évolution jusqu’au 12è siècle où le droit s’est détaché de la théologie pour devenir une discipline juridique à part entière. Même avant le droit civil le droit civil s’est bien consolidé et devenu une discipline scientifique qui a m^me inspiré les droits dits modernes. Le droit n’est rien d’autre que les normes nécessaires à une société comme l’Eglise pour s’organiser et atteindre ses objectifs et pour le cas de l’Eglise, permettre à ses membres de vivre et de réaliser leur salut.

 

 

Quant au thème de cette thèse que vous évoquez, ça remonte à 1983. J’ai déjà oublié toutes ces choses là (sourire). J’avais réfléchi sur la polygamie. Polygamie traditionnelle des Moose

Et communauté ecclésiale. Aspects juridiques et implications pastorales.

C’est un thème d’actualité. Vous avez des polygames qui se présentent à l’Eglise pour être baptisés ; est ce qu’on peut les baptiser oui non ? On définit l’Eglise comme sacrement universel de salut, qu’est ce à dire ? Est-ce pour les monogames, les polygames sont exclus ? C’est un problème de taille que l’Eglise a essayé de résoudre tout au long des siècles sans grand succès mais nous avons  cherché notre part de contribution. Toute situation humaine doit être situation de salut donc les polygames aussi ont droit au salut et il faut les accompagner. Toute loi doit être interprétée avant d’être appliquée et c’est ce que nous avons tenté de proposer en faveur des polygames.

 

Quels souvenirs gardez-vous de votre participation au tribunal ecclésiastique dont vous avez été membre de 1984à 1985.

Nous devons l’organisation du tribunal ecclésiastique au Burkina Faso au Cardinal Paul Zoungrana qui était un docteur en droit canon. Il avait écrit sa thèse sur le consentement matrimonial. Une thèse que j’avais lue avec intérêt. C’est lui donc qui au niveau de la Conférence épiscopale du Burkina était responsable des tribunaux ecclésiastiques ou plus précisément modérateur des tribunaux ecclésiastiques. Le rôle que je joue actuellement, choisi par mes pairs les autres évêques. C’est pour encadrer et accompagner les tribunaux ecclésiastiques. Nous avons eu d’énormes difficultés, le manque de personnel le manque de siège, le manque de moyens financiers pour organiser réellement les tribunaux. Alors on travaillait un peu de façon artisanale mais avec beaucoup de bonne volonté et de détermination. Les résultats étaient ce qu »ils étaient. On était dispersé ; il y avait un père à Koudougou un autre à Ouagadougou et moi j’étais à Kaya. On se retrouvait occasionnellement et on essayait de faire comme on pouvait.

Au point de vue organisation des tribunaux, nous avons au Burkina Faso depuis le Cardinal Paul Zoungrana jusqu’à  à l’heure actuelle, deux tribunaux de première instance. Une première instance à Ouagadougou et une première instance à Bobo-Dioulasso. Celle de Ouagadougou a compétence pour les diocèses de la province ecclésiastique de Ouagadougou de Koupéla et même du Niger. Celle de Bobo a compétence sur les diocèses de la province de Bobo, les cinq diocèses. Nous avons une seconde instance qui est en même temps tribunal d’appel pour les deux premières instances et tribunal de seconde instance. Selon la procédure canonique, une cause matrimoniale qui connaît une sentence positive ou négative en première instance doit être automatiquement transférée en seconde instance qui statue. On a besoin de toutes ces instances pour que la machine fonctionne bien. Dieu merci, nous venons d’avoir un siège pour les tribunaux ecclésiastiques au centre national Cardinal Paul Zoungrana. Nous y entendons donner un souffle pour qu’on administrer la justice. Tout évêque a le droit et le devoir d’administrer la justice pour les chrétiens. Et les chrétiens aussi on le droit le défendre leur droit, d’ester en justice etc. Alors il faut beaucoup d’information et de structuration pour que les tribunaux soient un signe de la miséricorde du Seigneur pour tous ceux qui sont dans la souffrance. Il y a des foyers naufragés de façon irréversible, il faut qu’on les accompagne et les aide à retrouver  la paix et l’intimité avec leur Seigneur.

 

Quels types de dossiers relèvent de la compétence de cette institution ?

 

C’est essentiellement les causes matrimoniales pour lesquelles il y a deux catégories. Les chefs de nullité bien déterminés et les dispenses. Les tribunaux de première et de seconde instances reçoivent les causes matrimoniales en nullité et vous avez aussi un autre volet où les tribunaux essaient d’aider à constituer les dossiers. Ce sont les dispenses en faveur de la foi. Un baptisé avec un non baptisé, ce mariage n’est pas sacramentel, il y a une manière de résoudre ce problème. Le dossier est confectionné au niveau de la curie diocésaine et transmis à la congrégation pour la doctrine de la foi qui traite ces causes-là au nom du saint Père.

L’autre cellule de dispense concerne les mariages célébrés non consommés « ratum sed non consomatum » Le dossier est constitué selon la procédure appropriée, transmis à la congrégation pour les sacrements, qui traite ces causes-là pour le saint Père. Voici décrit rapidement comment nous sommes organisés. Tous ceux qui auraient des problèmes matrimoniaux, qu’ils s’adressent à leurs curés. Ils sauront leur indiquer le chemin approprié pour se présenter au tribunal et introduire leur cause.

 Que retenir de votre passage dans ce diocèse de Ouahigouya où vous êtes depuis novembre 1996 ?

 

Mon ordination a eu lieu le 23 novembre 1996, et monseigneur Jean Untaani Compaoré était le consécrateur principal. Après douze ans et six mois je ne peux pas prétendre récapituler tout ce que nous avons vécu. J’ai quitté ma terre natale du Sanmatenga, pour venir au Yatenga à cause Jésus, à cause de l’évangile. Une de mes joies est que j’ai été accueilli par la population du Yatenga. Nous avons pu travailler ensemble. Tout n’a pas été parfait mais nous avons pu réaliser bien des choses pour la mission par la grâce de Dieu. Je ne saurai oublier les non chrétiens avec qui nous avons eu des relations fraternelles très fortes. L’occasion de ma nomination a suscité un mouvement de solidarité. J’ai reçu la communauté protestante, la communauté musulmane. Elles sont venues présenter leur félicitation et m’encourager et faire la Fathia pour que je puisse réussir là où je suis. Je suis vraiment très reconnaissant à tout ce beau monde, reconnaissant à tous les chrétiens avec qui j’ai cheminé pendant douze ans. Je souhaite seulement qu’ils continuent la mission laissée par le Seigneur Jésus à toute l’Eglise surtout après la célébration du cinquantième anniversaire du diocèse que nous avons célébré en 2008. A l’occasion, une option pastorale a été prise en vue d’édifier une Eglise Famille plus responsable, plus sainte, une Eglise Famille de Dieu lus missionnaire. C’est ce que je souhaite du fond de mon cœur à l’Eglise Famille qui est à Ouahigouya.

 

Que pensez-vous n’avoir pas eu le temps de réaliser dans ce diocèse et  qui vous tenait à cœur ?

 

A mon ordination épiscopale, j’avais deux rêves de jeune évêque, fonder un petit séminaire, ce que nous avons réaliser en 2001 le petit séminaire Notre Dame de Nazareth où il y a 145 petits séminaristes de la 6ème à la Terminale. Nous avons voulu un monastère. Nous avons essayé quelque chose par nous même à l’Est du diocèse. C’est le monastère Jésus Sauveur de Sâbsê qui fait son bonhomme de chemin. Ce monastère   est donc naissant mais nous savons que le chemin est encore long. Je voulais d’ailleurs un monastère masculin et un monastère féminin. Alors je n’ai pas eu la chance de pouvoir finaliser le monastère féminin. Je recommande à votre prière la semence du monastère masculin qui est signe d’espérance pour l’avenir. Je ne pense pas non plus que nous ayons pu relever les défis du syncrétisme dans lequel beaucoup de chrétiens vivent. Mais Jésus le Maître est là et c’est Lui qui veillera sur son troupeau.


Arthur Gustave Woango et Gildas Compaoré

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Publié dans RELIGION

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