Petite Histoire sur la Croix
La crucifixion chez les Romains
Dans l’antiquité romaine, le supplice de la croix est la peine infamante par excellence. C’est une mort réservée aux condamnés qui ne sont même plus jugés dignes du nom d’homme. Historiens et archéologues ont décrit précisément l’usage et les modalités de ces exécutions capitales
Dans l’Orient ancien, la crucifixion a été appliquée collectivement pour châtier des ennemis vaincus. C’est ainsi qu’en 519 av. J.-C. ; Darius 1er, roi de Perse, fait crucifier 3000 rebelles babyloniens. Après la prise de la ville de Motye en 392 av ;jc ? le tyran Denys de Syracuse inflige la peine de la croix aux centaines de Grecs, auxiliaires des Carthaginois qui détenaient la cité. A la fin du IIème siècle av JC., Alexandre Jannée, le roi des Juifs, pour punir la rébellion de ses sujets, en choisit 800 mis en croix en pleine ville de Jérusalem. Si des exécutions de ce genre sont attestées au cours des siècles dans les nations du Moyen-Orient, la crucifixion n’apparaît en Grèce ni dans la Rome des origines.
Il semble que ce soit les Carthaginois qui aient fait connaître ce supplice aux Romains pendant les guerres Puniques. Ce n’est en effet qu’à partir de la fin du IIIè siècle av. JC., que ce châtiment est attesté chez les Romains. Ceux-ci toujours prompts à emprunter aux étrangers des techniques éprouvées, comprennent l’intérêt exemplaire de ce supplice : plus que tous les
autres, il entraîne des souffrances très longues et la mise en scène d’une crucifixion, particulièrement spectaculaire, est bien faite pour servir d’avertissement.
Le supplice des esclaves
Au même titre que d’autres supplices ( le carcan, le pal, la potence), la crucifixion fait partie de l’arsenal répressif de la justice romaine et son application est très strictement limitée : les lois constitutionnelles de Rome interdisent de mettre en croix un homme bénéficiant de la citoyenneté romaine et seuls peuvent être crucifiés et les esclaves et les provinciaux non citoyens romains coupables de brigandage, d’insurrection, de piraterie, bref tous ceux dont les crimes portent atteinte à l’Etat tout entier en détruisant l’ordre établi .
La croix est essentiellement utilisée pour punir les esclaves. Le maître, par son droit de vie et de mort sur toute sa famille, peut utiliser à son gré ce supplice en cas de rébellion dans sa demeure. Il sait bien que les autres serviteurs, au spectacle insoutenable de l’un d’eux agonisant pendant des heures, abandonneront leurs projets de sédition.
Les autorités romaines recourent à la crucifixion soit pour des individus dans les provinces (ce sera le cas de Jésus), soit de façon collective pour l’exemplarité de la peine : en 71 av. JC., après avoir vaincu l’armée servile de Spartacus qui, depuis 73, tient les troupes romaines en échec, Crassus choisit parmi les prisonniers six mille hommes : sur les 195 km de la Voie
Appienne reliant Capoue à Rome, il fait dresser des croix où les malheureux sont suppliciés. Dominant toute la campagne romaine, leur lente agonie témoigne de la rigueur de la loi à l’égard de tous les révoltés. Au début de notre ère, la peine de la croix est étendue par l’empereur Galba aux citoyens romains de classes inférieure, les humiliores. Cependant au siècle suivant, les empereurs Hadrien, par une loi interdisant à un maître d’exécuter son esclave sans une sentence au tribunal, et Antonin le Pieux, décidant de punir comme homicide le maître ayant tué son esclave de façon arbitraire, restreignant très largement le droit des particuliers à crucifier leurs esclaves. Dès lors la jurisprudence
réserve la croix aux esclaves et aux humiliores jugés par un magistrat pour trahison, sédition et autres crimes graves. Exceptionnellement les soldats, pour mutinerie ou désertion, peuvent soumis au même supplice.
La crucifixion reste donc légalement utilisée jusqu’au VIè siècle ap. JC. Même Constantin, en prenant le pouvoir en 313, la maintient. Quelques années plus tard, pour manifester son respect à l’égard de la passion du Christ, il abolira la peine. Toute fois cet interdit n’en fera pas cesser complètement la pratique. Dans le vaste empire, les barbares ne se sentant pas concernés par cette législation.
L’aspect de la croix
Le mot latin crux (croix), peut-être d’origine carthaginoise, désigne un simple poteau où est attaché un condamné avec des cordes ou des clous. On prend ensuite l’habitude d’ajouter une poutre transversale à laquelle l’homme est lié les bras écartés.
A l’époque de la passion de Jésus, l’instrument se compose définitivement de deux parties : la crux proprement dite, haute de 3 à 4 mètres, est dressés en permanence sur le lieu du supplice, en dehors de la ville. On choisit d’habitude pour planter ces pieux une éminence quelconque afin que l’agonie soit vue de loin par le plus grand nombre. La poutre transversale, ou patibulum, est portée par le condamné jusqu’au lieu du supplice et fixée perpendiculairement à la crux. Plusieurs modes d’assemblage sont possibles : le patibulum est fixé soit en haut du pieu (croix en forme de T ou Tau), soit un peu plus bas (croix latine traditionnelle). Le tout pèse plus de 100 kg, ce qui explique que le condamné ne peut porter que le patibulum. Par extension, le terme
crux finit par désigner l’ensemble, pieu et barre transversale.
Les étapes de la crucifixion
Après le procès, le condamné est d’abord flagellé avec des verges. Ensuite on lui retire ses vêtements et on charge le patibulum sur ses épaules. Entièrement nu, il doit traverser la ville sous les coups de fouets des soldats et les quolibets de la foule. En Judée étant donné l’impureté attachée à la vision de la nudité, des mesures spéciales permettent de laisser ses vêtements au condamné.
Sur le lieu du supplice, l’homme est attaché par des clous ou des cordes au patibulum, les bras écartés. D’une longueur d’environ 18 cm, les clous, technique la plus utilisée, traversent non les paumes de la main (la peau se déchirerait sous le poids du corps) mais les poignets au milieu des os du carpe. Ensuite le patibulum est hissé par des cordes vers le sommet du pieu, jusqu’à ce que les pieds de l’homme ne touchent plus le sol, et fixé perpendiculairement. Cloués au
pieu à la jonction entre le métatarse et le talon, les pieds sont croisés (un clou) ou fixés séparément (deux clous). Après ces différentes opérations, on fixe au-dessus de la tête du condamné, ou autour de son cou, le titulus, pancarte qui indique son identité et le motif de sa condamnation. Dans les provinces, le texte est en trois langues pour être compris de tous : le latin, le grec et le dialecte local (l’araméen dans le cas de Jésus).
L’agonie et la mort
Une fois la crucifixion exécutée, les curieux s’écartent. Seule une garde militaire reste sur place pour empêcher que l’on s’approche du condamné. La mort est particulièrement longue et l’agonie peut durer plusieurs jours. L’asphyxie, par blocage du thorax, gagne de façon plus ou moins rapide l’homme
réserve la croix aux esclaves et aux humiliores jugés par un magistrat pour trahison, sédition et autres crimes graves. Exceptionnellement les soldats, pour mutinerie ou désertion, peuvent soumis au même supplice.
La crucifixion reste donc légalement utilisée jusqu’au VIè siècle ap. JC. Même Constantin, en prenant le pouvoir en 313, la maintient. Quelques années plus tard, pour manifester son respect à l’égard de la passion du Christ, il abolira la peine. Toute fois cet interdit n’en fera pas cesser complètement la pratique. Dans le vaste empire, les barbares ne se sentant pas concernés par cette législation.
L’aspect de la croix
Le mot latin crux (croix), peut-être d’origine carthaginoise, désigne un simple poteau où est attaché un condamné avec des cordes ou des clous. On prend ensuite l’habitude d’ajouter une poutre transversale à laquelle l’homme est lié les bras écartés.
A l’époque de la passion de Jésus, l’instrument se compose définitivement de deux parties : la crux proprement dite, haute de 3 à 4 mètres, est dressés en permanence sur le lieu du supplice, en dehors de la ville. On choisit d’habitude pour planter ces pieux une éminence quelconque afin que l’agonie soit vue de loin par le plus grand nombre. La poutre transversale, ou patibulum, est portée par le condamné jusqu’au lieu du supplice et fixée perpendiculairement à la crux. Plusieurs modes d’assemblage sont possibles : le patibulum est fixé soit en haut du pieu (croix en forme de T ou Tau), soit un peu plus bas (croix latine traditionnelle). Le tout pèse plus de 100 kg, ce qui explique que le condamné ne peut porter que le patibulum. Par extension, le terme
crux finit par désigner l’ensemble, pieu et barre transversale.
Les étapes de la crucifixion
Après le procès, le condamné est d’abord flagellé avec des verges. Ensuite on lui retire ses vêtements et on charge le patibulum sur ses épaules. Entièrement nu, il doit traverser la ville sous les coups de fouets des soldats et les quolibets de la foule. En Judée étant donné l’impureté attachée à la vision de la nudité, des mesures spéciales permettent de laisser ses vêtements au condamné.
Sur le lieu du supplice, l’homme est attaché par des clous ou des cordes au patibulum, les bras écartés. D’une longueur d’environ 18 cm, les clous, technique la plus utilisée, traversent non les paumes de la main (la peau se déchirerait sous le poids du corps) mais les poignets au milieu des os du carpe. Ensuite le patibulum est hissé par des cordes vers le sommet du pieu, jusqu’à ce que les pieds de l’homme ne touchent plus le sol, et fixé perpendiculairement. Cloués au
pieu à la jonction entre le métatarse et le talon, les pieds sont croisés (un clou) ou fixés séparément (deux clous). Après ces différentes opérations, on fixe au-dessus de la tête du condamné, ou autour de son cou, le titulus, pancarte qui indique son identité et le motif de sa condamnation. Dans les provinces, le texte est en trois langues pour être compris de tous : le latin, le grec et le dialecte local (l’araméen dans le cas de Jésus).
L’agonie et la mort
Une fois la crucifixion exécutée, les curieux s’écartent. Seule une garde militaire reste sur place pour empêcher que l’on s’approche du condamné. La mort est particulièrement longue et l’agonie peut durer plusieurs jours. L’asphyxie, par blocage du thorax, gagne de façon plus ou moins rapide l’homme
suspendu par les bras. Pour pouvoir reprendre son souffle, il se hisse comme il peut sur le clou transperçant ses pieds, ce qui diminue momentanément l’asphyxie. Mais il ne peut rester longtemps dans cette position et retombe. Par cette alternance de positions, l’homme finit par mourir d’épuisement et de tétanisation des muscles.
La mort de Jésus, particulièrement rapide, s’explique par l’affaiblissement physique
du condamné, fort éprouvé par la faim, la soif et les différentes épreuves supportées pendant la nuit précédente. Les deux brigands, ses compagnons d’agonie, de constitution plus robuste, sont encore vivants au coucher du soleil. Or la loi juive oblige à enterrer un supplicié avant la nuit (cf.Dt 21,22). C’est pourquoi les légionnaires romains leur brisent les jambes avec une masse de fer, ce qui précipite la mort. Ce crurifragium (fracture des jambes) est aussi attesté ailleurs comme une mesure de clémence de la part des autorités, puisqu’il diminue la longueur de l’agonie.
Dans les régions autres que Judée, les crucifiés sont laissés attachés à leur croix. Le cadavre doit rester exposé jusqu’à la décomposition complète et il sert de pâture aux chiens, aux vautours et autres prédateurs. Un soldat veille à ce que personne à ce que personne n’enlève le corps pour lui donner une sépulture, ultime humiliation imposée au condamné et à sa famille.
A Rome, c’est au-delà de la Porte Esquiline que s’élève le champ de croix des condamnés, sinistre charnier redouté de tous. C’est là que sorciers et magiciennes viennent voler les clous plantés dans les croix, car ils ont la réputation de posséder une efficacité redoutable pour les cérémonies secrètes d’envoûtement. L’horreur qu’inspirent les douleurs infligées aux crucifiés, la curiosité malsaine des spectateurs qui guettent avidement les spasmes des mourants expliquent que les chrétiens des premiers siècles n’ont pas choisi la croix comme symbole de leur foi. Et si les martyrs des IIè et IIIè siècles manifestent souvent le désir d’être crucifiés, c’est pour se rendre plus proches de leur Maître en subissant ses souffrances et surtout son humiliation inexprimable
Source : Le Monde de La Bible
Archéologie et histoire n°97 mars-avril 1996. pp6-8•